Nous sommes bel et bien dans un schéma disruptif pour la profession d’éditeur.
Disruptif: (XVI e siècle) Au sens de « qui sert à rompre ». Dérivé savant, avec le suffixe adjectival -if, du latin disruptum, supin de disrumpere (« briser en morceaux, faire éclater »). Wiktionnaire
Cet article est la réponse que nous faisons à Aldus sur son blog http://aldus2006.typepad.fr dans une suite d’échanges intéressants au sujet du ePUB et des formats pour le livre électronique. Elle résume assez bien notre position et notre travail avec La Poule ou l’Œuf. Les citations sont extraites du dernier commentaire de Aldus.
______________________________________________
Nous ne sommes pas dans un schéma disruptif pour la profession, faire croire cela n’est pas honnête
Les Complexes: Nous pensons exactement l’inverse et ne pas le voir est étonnant ! La musique a été complètement transformée en très peu de temps, les radios de musique sont en chute libre, la presse écrite fait une mutation très difficile, la télévision explose de partout (VOD), et le monde du livre suivrait gentiment son bonhomme de chemin ?! Nous avons affaire à une révolution numérique qui a déjà transformé de fond en comble le monde de l’imprimerie dans les 15 dernières années. Aujourd’hui c’est bien le sens de la production et du commerce du livre qui sont en train d’être chamboulés par Internet !
On ne peut pas dire aux éditeurs d’oublier la vente de fichiers
Les Complexes: Si on le peut ! Mais ils sont incapables d’entendre, surtout si ils sont gros − la politique choisie pour l’instant est la résistance. Pourtant certains commencent à le comprendre. Nous sommes conscients de cette inertie c’est pour cela que nous proposons différents formats de sortie dans notre application (pdf,LaTeX et, à venir, tei,epub,docbbok…). Mais l’objet livre s’arrête, en tant qu’objet, avec le papier. Le numérique et le web ouvrent une nouvelle ère pour cet ordre spécifique de discours qu’est le livre. Le fichier est un intermédiaire avant le livre en streaming ! Il faut pour l’instant faire avec, et le ePUB n’est pas le plus mauvais format pour cette passerelle. Mais la créativité et la plus value de la numérisation viendra du livre-service − pas du livre fichier. Nous confondons souvent la technologie e-ink avec les readers ! L’encre électronique est révolutionnaire mais pas les readers qui peinent depuis longtemps à montrer leur intérêt par rapport au livre papier ! Un livre numérique, ce n’est pas un fichier que l’on transfère dans un reader et qui simule le livre papier, l’intérêt est pratiquement nul. Un livre électronique est un livre que l’on peut annoter, triturer, indexer, personnaliser, commenter, pour soi ou en partage. C’est un livre hyperlié, connecté vers d’autres données (autres livres, bases bibliographiques, bases de données… ). Bref c’est un service web !
Mettre en place une chaîne XML de l’auteur à la machine (lecteur ou machine d’impression), c’est impensable ou alors dans un cas d’école
Les Complexes: Alain Pierrot serait sûrement plus qualifié que nous sur cette question, mais cette affirmation nous semble fausse ! Si vous utilisez un traitement de texte récent (Word-OpenOffice) vous sortez du XML et si votre éditeur met en place une chaine de type →TEI→XSL-FO→PDF (pour l’impression) et →TEI→XSLT→HTML la chaine est complète et il n’y a rien d’extraordinaire là-dedans. À notre connaissance c’est comme ça que travaille revue.org avec des éditeurs de revues exclusivement papier à l’origine.
Le problème c’est la longueur de la chaine et le nombre de passages. Imaginez un Indesign en ligne et vous aurez compris notre travail. Et le travail de maquettiste n’est pas du tout incompatible avec la formulation xml !
Tags: édition, epub, formats, livre électronique, streaming



29 janvier 2009 à 13:36
Merci David, je reprendrais plus en détail dans la soirée mais je voulais juste signaler que je n’ai jamais dit que le monde du livre allait tranquillement suivre son petit bonhomme de chemin! mon blog plaide suffisamment en ce sens! Mais je pense que l’avenir de l’édition n’est pas seulement dans le livre en streaming ! Et je ne suis pas le seul à le penser. Nous ne sommes pas dans un combat d’arrière-garde, ce n’est pas si manichéen que cela.
29 janvier 2009 à 19:35
Indesign en ligne, fichtre, un projet ambitieux… De manière plus pragmatique, j’ai regardé les exemples de livres que vous proposez notamment le texte de Voltaire. Le texte présente beaucoup d’imperfections typographiques, c’est un texte de travail, je comprends bien. Il serait intéressant que vous donniez un modèle de texte finalement composé et que l’on puisse se rendre compte du rendu étape par étape, épreuve de contrôle (imprimante) qui puisse servir de bon à tirer, épreuve de contrôle (qui puisse servir de bon à graver), tirage réalisé en impression numérique et aussi un fichier exploitable sur un support comme Sonyreader/Iliad/Cybook pour juger du rendu (c’est assez ouvert sur le type de fichier prc, ePub, pdf, rtf). Même si les rendus changent, globalement, on a un résultat assez proche. Ce serait beaucoup plus parlant pour les éditeurs. Vous auriez de tels exemples? J’avoue que je n’ai pas trouvé sur le site.
29 janvier 2009 à 20:32
Effectivement le voltaire est juste un exemple pour la manipulation d’un texte dans différentes langues. Il nous sert aussi de démo pour les outils dédiés aux traducteurs. Le texte à été récupéré sur Gutemberg.org et collé tel quel sans travail éditorial. Pour vous donner un exemple plus parlant nous travaillons actuellement sur la collection de la forge Framabook. Une collection dans la poule ou l’œuf est un ensemble de livres qui se caractérise principalement par son apparence (html,css,pdf…). Une poule peu supporter autant de collections que l’on veut avec un style propre à chaque collection. La forge framabook est encore en travaux mais devrait ouvrir d’ici peu. Pour l’instant, question fichier, nous avons uniquement du PDF. Mais d’autres formats vont arriver, bien sur l’epub, mais aussi le docbbok, TEI, odt… Et un système d’annotation, marque page, surlignement…. va suivre
La forge : http://forge.framabook.org
Exemple de livre : http://forge.framabook.org/liv_Free/
Archives de ce livre : http://forge.framabook.org/liv_Free/chapitre-5-fr.poule
29 janvier 2009 à 23:35
merci pour les liens, pour quelles applications destinez-vous les autres formats? pour framabook, vous situez-vous comme une alternative à des sites comme feedbooks par exemple pour les internautes ? ou vous orientez vous vers des marchés professionnels? quels liens entre la poule et l’oeuf et framabook?
30 janvier 2009 à 14:59
Framabook offre ses livres en consulation intégrale gratuite en ligne, en téléchargement de fichiers (PDF et formats à venir) et à partir de là en version papier par le biais de l’éditeur In Libro Veritas (ou de quelque éditeurs que ce soit puisque leurs sources sont libres). Cela a toujours été leur modèle. Nous sommes vis à vis de Framasoft des prestataires de services dans l’évolution de leur collection et du travail de rédaction collaboratif propre à la plupart de leurs ouvrages. Ils sont maîtres de leur modèle de distribution.
La logique de la vente d’accès à la lecture en ligne est très éloignée du modèle de Feedbooks, orienté fichiers et readers. Nos clients ont le loisir de l’offrir ou non, intégralement ou de façon plus modulaire, en accès payant ou non.
Nous sommes en train de monter une structure commerciale destinée à offrir ce type de prestation de services consistant à passer des collections dans La Poule ou l’Oeuf mais aussi à réunir les éditeurs utilisant La Poule ou l’Oeuf pour un portail de vente d’accès en ligne:
- vente d’accès à une lecture en ligne de qualité et aux services qui peuvent lui être associés (notamment les annotations personnelles privées ou partagées, les flux différentiels, la création d’index personnels, création de fiches de lecture, enregistrement de notices bibliographiques (Zotéro)…)
- Web-to-print, communication avec les catalogues et entrepots, extraction de données pour fins d’hyper indexation, relation aux catalogues et entrepots, etc.
- et évidemment sorties dans les autres formats pour la vente de fichiers (pdf, epub…), pour la publication papier, pour le stockage (TEI, Docbook), etc.
L’idée est de passer d’une économie du livre basée sur l’achat de la rareté, artificielle dans le monde numérique, à une économie basée sur la facilité d’accès en lecture et l’augmentation du nombre des lieux d’accès et de services autour du livre. Dans l’intérêt des éditeurs autant que des auteurs ou des lecteurs.
30 janvier 2009 à 20:17
Il s’agit de parler désormais d’un métier différent qui a le même objet: le livre !
Répétons: le livre n’appartient plus à un seul métier qui passe par une chaîne prédéterminée concernant la fabrication du livre, notamment avec l’émergence du phénomène collaboratif et les logiciels libres de source… Et sa distribution !
Nous assistons bel et bien, en ce moment même, à une révolution économique et je ne vois aucune raison pour laquelle la chaîne de fabrication et de distribution du livre serait hors d’atteinte de cette révolution.
Il est vrai que quelques majors de l’édition voudraient nous le laisser croire, ne serait-ce que pour s’efforcer d’ingérer à temps d’ingérer les nouveaux schémas de fabrication et de distribution.
Heureusement, comme c’est le cas, par exemple, dans certains domaines de la grande distribution, tous les majors de l’édition ne sont pas hors circuit.
Heureusement pour l’économie globale qui joue là sa chance de ne pas se “rompre”…
Nous assistons à un phénomène, non pas seulement un schéma, disruptif. C’est à dire: il est déjà à l’oeuvre dans le domaine de l’édition.
3 février 2009 à 1:13
Vous me parlez “d’une intention de principe pour le moment mais pour avoir une idée concrète il faut imaginer quelque chose comme un accès définitif en lecture en ligne pour un ouvrage au coût de 0,99 centimes. Services inclus bien entendu! Nous préparons tout cela.” Je vous conseille sincèrement de vous rapprocher d’éditeurs “dans la vraie vie” pour étudier leurs besoins, je suis sceptique sur le monde libre et sa capacité à payer les 0,99 centimes dont vous avez besoin pour votre modèle…
3 février 2009 à 15:37
Ne vous inquiétez pas nous, nous sommes dans la “vraie vie” et nous avons déjà rencontré des éditeurs, sans aucun rapport avec le libre ! De votre coté réfléchissez un peu plus a ce qu’a fait, entre autres, François Bon avec son abonnement annuel. La lecture à peu de frais via le Net avance de plus en plus dans les esprits. Il faut prendre pleins de paramètres en compte : taille du catalogue, parutions récentes ou non, type de collections, services associés… pour formaliser ce nouveau venu qu’est le livre en streaming.
3 février 2009 à 18:14
Bravo pour les éditeurs approchés, je souhaite que cela débouche pour vous. Pour lecture en ligne, nous en parlons souvent avec François justement, le nombre d’initiatives, de projets avec des énergies individuelles qui ont beaucoup de mal à se concrétiser dans la durée. Je crois beaucoup à des domaines spécialisés à forte valeur ajoutée comme Cyberlibris par exemple http://executive.cyberlibris.com/
3 février 2009 à 18:47
Exactement le monde du livre est vaste ! Les domaines spécialisés doivent fournir en plus d’une lecture pratique par le réseau des outils spécifiques au domaine. Il est clair que le roman n’est pas le type d’ouvrage qui aura la plus grande plus value en matière de réseau ; c’est certainement celui qui en aura le moins. Sauf à penser le roman familial qui lui a sûrement un grand avenir.
5 février 2009 à 14:45
je sais bien que j’ai loupé le dernier bookcamp mais je sais pas si ça vaudrait pas le coup de se coincer tous une journée live, bécanes en main, pour parler de tout ça concrètement – et j’allais dire : exclusivement (sous réserve participation AP et direction bénévolente ?) - si intéressés, lieu calme et borne wifi à la bib de Bagnolet (métro Galliéni) quand vous voulez
5 février 2009 à 18:55
Bonjour F. Nous avons la bécane, et du temps “libre”. Donc intéressés, vivement, quand vous le voulez (hors 19 février - 1er mars). Suivons sur contact (at) lescomplexes com?
6 février 2009 à 13:01
Content de voir les libriste dans la « bataille » (ça n’en est pas une). J’avais repéré « La poule » sur linuxfr l’année passée (et pourquoi latex et pas context, derrière, pour la souplesse d’usage des polices, des modifications de taille de canevas, de la gestion des liens, des images, etc. ?)
Concernant les questions double-chaine papier/web, j’ai l’impression qu’O’Reilly, son docbook et son Safari book online, ne sont plus du tout d’actualité. C’est pourtant un des premier (et comme le souligne Hervé, dans un « niche » précise de lecteurs rompus à l’usage de doc numérique) à avoir développé ce modèle, non ? Xavier nous en parlerait plus.
6 février 2009 à 17:07
Tient… rien à voir, mais un détail de typo, chapitre 3 du « liv Free » sur framabook, il me semble que les guillemets de second niveau sont ceux de l’anglais : « ‘ » et « ’ » et non ceux du français : « “ » et « ” » (qui sont, par ailleurs, ceux de premier niveau de l’anglais). On leur préfèrerait sans doute l’italique cf. http://www.orthotypographie.fr/volume-II/gallerie-guillemet.html#guillemet
7 février 2009 à 18:06
[...] speaking Is the epub format a crap ? Debate by Aldus, teXtes, La Poule et l’oeuf and more… Samedi, février 7th, 2009 Non [...]
19 mars 2010 à 13:13
[...] plus en plus d’un contenu au format complexe, avec lequel on peut interagir. Je cite ici le Blog des Complexes: Un livre numérique, ce n’est pas un fichier que l’on transfère dans un reader et qui simule [...]