p.1
Cet ouvrage s’adresse à ceux qui font, vendent, utilisent ou achètent du logiciel libre, c’est-à-dire, tôt ou tard…à tout
le monde !
(…)
j’espère qu’il sera utile à quelques-uns, sans être nuisible à personne, et que tous me sauront gré de ma franchise.
[Descartes,
1637]
p.2Les logiciels libres sont des objets bien mystérieux. Poussent-ils sur les
arbres ? Comment peut-on gagner de l’argent avec du gratuit ? Comment expliquer la puissance de ce mouvement face à des entreprises colossales ?
p.3L’attitude des adversaires du logiciel libre suit de très près la
chronologie de la formule célèbre de Gandhi :
p.4Au début, ils vous ignorent, ensuite ils se moquent de vous, puis ils vous
combattent, mais à la fin, vous gagnez !
p.5À quoi il faudrait même ajouter : « Entre temps ils vous observent, ils
vous imitent et se font même passer pour vous ».
p.6Comment expliquer les conflits permanents entre logiciel libre et open source ? S’agit-il seulement de philosophie et de politique ? Y a-t-il d’autres conflits latents ? Les
prestataires et leurs clients peuvent-ils vraiment avoir les mêmes intérêts ? Et si l’analyse de ces conflits d’intérêts permettait de comprendre ce qui se passe ?
p.7Et puis la progression de Linux
sur le poste de travail est très faible, comment croire à son triomphe ?
Petit souvenir
p.8Un jour, lors d’un table ronde, je déclare pour commencer : « dans dix
ans il n’y aura plus de logiciels propriétaires ». L’animateur se tourne alors vers le représentant des éditeurs et lui demande : « Que répondez-vous à ce genre de provocation ? - Moins de dix
ans ! ». L’animateur était un peu perdu.
p.9 Le but de cet ouvrage est d’expliquer comment, tranquillement, le monde du
logiciel libre va devenir le monde du logiciel tout court.
p.10On peut avoir par exemple l’impression que Linux ou les BSD sont des systèmes d’exploitation d’amateurs. C’est une erreur : c’est simplement Unix qui revient… libre.
p.11Grâce à quelques hypothèses de bon sens, il est possible de comprendre
l’arrivée du logiciel libre sur la scène économique, son mouvement, ses lignes de fractures et ses promesses. Et la rapidité avec laquelle il s’est imposé.
p.12Le logiciel libre (free software)
a commencé chez les informaticiens ; il a commencé avec l’informatique. Ainsi certains se souviennent des débuts de la micro-informatique, quand les journaux
publiaient des programmes.
Les débuts
p.131984 est la date où le mouvement
prend conscience de lui-même avec Richard Stallman (mouvement GNU, licence GPL). Il faut attendre 1991, date à laquelle
Linus Torvalds va commencer le développement de Linux de manière collaborative avec les outils des universités, pour mesurer les effets de réseaux. Et il
faut attendre le milieu des années 1990 pour que via l’Internet ouvert (1996) à tous,
les non-informaticiens en prennent connaissance, puis s’y impliquent. En 1998, Netscape libère le code de ce qui va
devenir Mozilla puis Firefox.
p.14Grâce à l’Internet, les informaticiens s’enthousiasment : ils vont
cesser de réinventer la roue chacun dans leur coin et partager ce qu’ils font afin d’avancer. Les programmes essentiels de l’Internet (Apache, Sendmail) et les protocoles seront bâtis ainsi.
p.15C’est ensuite, au sein des entreprises, l’occasion saisie d’une
mutualisation par l’offre, un partage des coûts, sous le nom d’open
source. À la fin des années 1990, les entreprises commencent à mesurer le bénéfice qu’elles tireraient à utiliser d’autres méthodes de développement logiciel.
p.16« Ceux qui utilisent le terme
logiciel open source ont tendance à insister sur les avantages techniques de tels logiciels (meilleure interopérabilité, meilleure sécurité…), tandis que ceux qui utilisent le terme de logiciel libre (free software) ont tendance à insister sur la liberté hors du contrôle d’un tiers et/ou sur les enjeux éthiques. Le
contraire d’un logiciel OSS/LL-FS est un logiciel fermé ou propriétaire. »
p.17Nous sommes au début du troisième moment de cette histoire : la
mutualisation par la demande. Les clients (les utilisateurs qui paient) sont en train d’inventer des
dispositifs pour faire développer en se coalisant des applications métier et de les maîtriser.
p.18On verra quels modèles économiques, dont certains transitoires, se
seront déployés à travers le temps.
p.19Les trois moments de cette histoire voient des émergences de
communautés : d’abord des communautés d’individus, ensuite des communautés d’entreprises, enfin des communautés de clients. Les conflits internes au monde
du logiciel libre — entre ces communautés, sont inévitables. Mais l’important est ailleurs : l’évolution des forges de développement logiciel, ces usines à
collaborer.
p.20C’est autour des forges de demain que se jouera l’avenir de la société
de l’information. Il nous faut commencer à approcher une économie au sein de laquelle la notion de biens libres se transforme complètement. Jean-Baptiste Say
écrivait en 1829 :
p.21Les richesses naturelles sont inépuisables, car sans cela nous ne les
obtiendrions pas gratuitement.
[Say,
1928], p.66
p.22Nous savons aujourd’hui que les richesses naturelles ne sont
plus inépuisables, tandis que le monde du numérique produit des biens libres. Il est singulier qu’il appartienne à notre
époque de penser en même temps le caractère limité de l’environnement que nous avions cru libre, et le caractère essentiellement durable et inépuisable d’objets
produits par notre économie, dont les logiciels libres sont les prototypes.
Remerciements
p.23Je remercie tous ceux qui, à l’ADULLACT, à l’AFUL et ailleurs, m’ont
aidé par leurs remarques, leurs critiques et leurs encouragements à améliorer ce livre : Bernard, Laurent, Jean, Pierre, René, François, Philippe, Pascal, Patrick, Michèle, Jean-Pierre et
surtout Muriel. Pardon à ceux que j’ai oubliés.
p.24Je remercie Michel Bondaz de m’avoir un jour offert Le théorème du
perroquet, de Denis Guedj.
p.25Je remercie ma femme et mes enfants de m’avoir supporté.